Le voyage à Rodez


Le Ier octobre 2014, j'étais à Rodez :


« Le poète ANTONIN ARTAUD, interné à l'asile de Paraire, de 1943 à 1946, venait au Café Broussy, à cette place lors de ses promenades dans Rodez ».

A noter : un imbécile a jugé utile de taguer le dossier de la banquette. On y lit :+ Pierre Soulages + Aurèle » ( ?)


« Depuis le début de 1944, tous les jeudis, Antonin Artaud peut sortir dans Rodez où il circule en compagnie du poète-éditeur Denys-Paul Bouloc, du poète roumain Ilarie Voronca qui s'est réfugié dans le Rouergue ou du peintre Frédéric Delanglade ». JL Brau, 1971


Constat, Artaud ne sort jamais seul. Parfois, il disparait pendant quelques jours, pour cause officielle(…) de repos. Les séries d'électrochocs rompent la régularité programmée des promenades. Artaud ne parlera jamais à ses accompagnateurs ruthénois de ces « séances ». Peur, pudeur ou méfiance, ô combien compréhensibles. Il attend son heure ; il se défoulera à son retour à Paris.




Mireille Larrouy, présidente de l'association « Rodez, Antonin Artaud », à la porte de la chapelle Paraire


La chapelle est le seul vestige de l'ancien asile d'aliénés de Rodez qui occupait dans les années 40, celles qui nous intéressent, un espace énorme. L'asile regroupait alors jusqu'à 1000 personnes ( patients et personnel). Les potagers y étaient nombreux et le Dr Ferdière rapatriait des vivres, de nuit, en ambulance avec, en guise de clients, des veaux fermiers débités. On comprend mieux pourquoi un Antonin Artaud famélique a pu reprendre rapidement du poids à Rodez : 11 kg, indispensables à sa survie. Actuellement, la chapelle est un lieu d'expositions mais hors saison( !) faute de gardiennage et de moyens financiers. Dommage. Cet édifice, pompeusement rebaptisé « Espace Antonin Artaud » mériterait d'être rénové. Les abeilles elles, ont déjà pris possession de la coupole.



La chapelle Paraire où venait prier (…) Artaud


« Ils me font sourire ceux qui discutent savamment et à perte de vue de la religiosité d'Artaud dont les convictions changeaient chaque semaine. Avant de prendre la plume et d'échafauder leur propre thèse, ils feraient bien de se renseigner auprès de l'aumônier de Rodez : le pauvre homme ne savait jamais s'il verrait le poète recueilli à tous ses offices ou s'il serait injurié par lui dans les galeries de l'établissement». Gaston Ferdière, le psy d'Artaud.
La chapelle a échappé de peu à la démolition grâce à l'intervention de l'assos « Rodez, Antonin Artaud ». Désormais désacralisée elle serait le lieu idéal où accueillir des visiteurs venus du monde entier. Pas un lieu de « culte » (Artaud est irrécupérable) mais d'échanges, la matière artaldienne étant quasi-infinie. Un centre international où seraient proposés au public et de façon permanente, documents photos, archives, fac-similés etc. Les élus locaux ne l'entendent pas de cette oreille. Mairie contre Conseil Général, Soulages contre Artaud, encore une histoire de « chapelles ».


La plaque commémorative indique : « soigné par le Dr Ferdière ». 59 électrochocs


«J'y suis passé et je ne l'oublierai pas. La magie de l'électrochoc draine un râle, elle plonge le commotionné dans ce râle par lequel on quitte la vie ». Conférence au théâtre du Vieux Colombier. 13 janvier 1947.

Antonin Artaud à Rodez en 1943
«Cette photo prise par le Docteur Ferdière le montre les
cheveux courts (on le rasait à l'asile de Ville-Evrard) et portant
la vareuse de bure des internés ». JL Brau.

Cartes postales de l'Aveyron :


Le serpent de brume du Lot, vu du plateau du Grand Favre


Rodez. Un visiteur inattendu au musée Soulages : John Coltrane ( Guggenheim, 1960)

CLINS D'ŒIL


Retour au bercail : heure de pointe à l'établissement thermal de Luchon, l'ex-Reine des Pyrénées

Quand le poète Antonin Artaud se fait le défenseur du thermalisme :
« Oui, je crois en une force qui dort dans la terre du Mexique. C'est pour moi le seul lieu au monde où dorment les
forces naturelles qui peuvent être utiles aux vivants. Je crois à la réalité magique de ces forces, comme on peut
croire au pouvoir curatif et salutaire de certaines eaux thermales. Je crois que les rites indiens sont les manifestations
directes de ces forces. Je ne veux les étudier ni en tant qu'archéologue, ni en tant qu'artiste mais comme un sage,
au vrai sens du mot ; et j'essaierai de me laisser pénétrer de leurs vertus curatives, pour le bien de mon âme ».
Lettre ouverte au Gouverneur de l'Etat du Mexique. 1936.

Pour terminer :

Quand « la Nature imite l'Art » :

Ne vous méprenez pas : c'est bien une photo, pas une aquarelle.



 

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